Celle qui dira stop.

Dimanche soir j’ai réalisé. Ce sont plutôt les larmes qui m’ont aidé. Celles que depuis toujours, P.M.A ou pas, je ne réserve que pour deux circonstances: les émotions positives et la fatigue. (Biensûr il y a des exceptions à la règle, je ne suis qu’une humaine standard).

Certes dimanche il y avait la fatigue, mais ces larmes là venaient de plus loin. Au début je ne comprenais pas et puis tout est sorti d’un seul coup.

Les choses me sont apparues pour la première fois et je les ai retransmises aussi simplement à mon amoureux, bêtement même.

Il y a d’abord le ras-le-bol de comprendre que je ne suis plus moi-même avec la PMA; de douleurs en angoisses diverses et variées, de frustrations en auto censure je me suis perdue, un peu seulement, heureusement.

Il y a ensuite la terrible vérité de réaliser que cette grossesse mon amoureux la désire encore plus fort que moi, et que moi, sans lui, je n’aurais jamais fait tout ça.

Moi, depuis toujours, je veux offrir à un enfant de l’amour, du bonheur, une vraie famille, des liens indestructibles, mais cet enfant, s’il a déjà quelques mois ou s’il est d’une autre couleur que nous j’en serai très heureuse.

Or, jusqu’ ici l’adoption était impensable pour mon amoureux; il y a en lui la peur irrationnelle mais omniprésente de ne pas réussir à aimer cet enfant qui ne serait pas fabriqué de ses cellules.

Jusqu’à dimanche dernier. Parce qu’il a compris. Parce qu’au risque de culpabiliser je lui ai dit ces mots qui me venaient naturellement. Que je dirai STOP.

Que cette immense parenthèse dans nos vies que représente la PMA je saurai la chasser comme j’ai su la faire entrer dans notre couple. Elle ne nous détruira pas, en tout cas, je ferai tout pour l’empêcher.

Parce que pour le vouloir cet enfant, il a fallu qu’on soit deux, qu’on s’aime, que ce désir mûrisse en moi, et que cet amour, il est plus fort que tout ce que la technique médicale pourra nous donner.

Je ne pensais pas l’écrire, j’avais même peur pour tout vous dire.

Je craignais de blesser, et je craignais vos réactions.

Après avoir lu l’article de Julys, et celui de Carotte, j’ai beaucoup réfléchi.

Je ne veux pas donner le sentiment que c’est facile. Ce n’est pas le cas. Dire stop, ce sera renoncer. Pas baisser les bras, pas abandonner, renoncer à cette aide médicale, pour aller vers une aide d’une autre sorte. Pour nous.

Et ce qui est valable pour moi ne l’est peut être pas pour d’autres. Parce que nous vivons ce désir, cette attente et ces espoirs aussi intensément c’est certain, mais chacun(e) à notre manière.

Parce que je ne veux pas non plus avoir l’air de faire celle qui détient la solution, celle qui donne des leçons. Ce n’est pas le cas. C’est une piste pour moi, c’était important de l’expliquer à mon amoureux, de m’en libérer, mais ce n’est pas pour autant que du jour au lendemain je brandirai une pancarte avec ce mot en caractère 80: STOP.

Je ne veux pas sembler prendre avec légèreté cette grossesse, ce n’est pas le cas, et je ferai tout pour y arriver. Ce n’est pas parce que je ne fête que nos 2 ans de PMA que c’est encore tout rose!

En fait ce que je voulais vous dire c’est plutôt Merci.

En vous lisant, tous et toutes, j’ai découvert que le désir ne se mesure pas, que ce soit le premier échec ou le dixième, les émotions sont toujours aussi fortes, j’ai découvert aussi qu’on pouvait démultiplier ses ressources et son énergie pour donner toujours plus, qu’on pouvait conserver, et même entretenir son sens de l’humour; bref, qu’on pouvait accumuler les échecs, ou ne faire qu’un seul essai et pourtant se comprendre et s’entraider.

C’est grâce à vous que j’ai pu mener cette réflexion jusqu’au bout, avoir le courage d’en parler à mon amoureux, avoir la force de penser que ce n’est pas une marque de faiblesse d’arrêter tout ça, même si ce ne sera pas pour demain.

Parce que ce qui arrive très bientôt c’est notre première FIV IMSI, celle pour laquelle on y croit plus fort que pour toutes les autres tentatives réunies.

Parce que j’ai avancé, mûri, compris, que je me suis préparée, et que j’ai tout fait pour que ça marche…

Sunshine_reussir_sa_vie

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21 réflexions au sujet de « Celle qui dira stop. »

  1. Quel chemin parcouru ! Merci pour ton beau témoignage. On te souhaite évidemment que votre désir ce concrétise, d’une manière ou d’une autre, celle qui correspond le mieux à votre projet de vie. Tu as raison de dire que chacun apporte ses réponses à notre désir d’être parent. Il n’y a pas de jugement de valeur là-dessus, que l’on soit prêt ou non à l’adoption. C’est juste quand les fertiles nous en parlent que l’on a envie de taper, parce qu’ils n’ont pas spontanément adopté un enfant mais trouve très anormal que nous n’y pensions pas nous même au lieu de chouiner !
    Ce n’est pas une défaite ou une lâcheté de dire stop. C’est au contraire très courageux. Et cela aide à avancer sans angoisse, en restant maître de sa vie. Il faut juste prendre le temps de s’écouter, de savoir ce que l’on veut au fond de soi-même, ce qui est le plus difficile. Parce qu’en PMA, c’est le grand huit permanent, avant, pendant, et après chaque tentative. On est bien placé pour le savoir…
    Des bises.

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  2. Il est beau cet article, et il me fait du bien. Tu es très courageuse et forte. J’espère que cette IMSI apportera le plus beau des résultat, je crois fort en l’IMSI… Y’a qu’avec elle que j’ai eu 2 accroches, en 4 ans, même si j’attends plus que des accroches.
    Des bisous

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  3. Merci à toi pour ce bel article. En effet, parfois, il faut être capable de dire stop !! Stop ne signifie pas que c’est nécessairement la fin. Ça peut être le début de quelque chose d’autre. Mais une décision pareille n’est pas dénuée de conséquences et c’est ce qui la rend si difficile à prendre. Je vous souhaite du fond du coeur de ne pas avoir à vous poser cette question. Que cette fiv vous apporte tout simplement ce que vous attendez !! Quoiqu’il arrive, l’essentiel est de ne pas vous oublier en chemin. Bises.

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    1. Oui j’espère qu’on n’aura plus jamais à se poser la question! Je voulais te dire que ton dernier article m’a touchée, je n’ai pas commentée, j’avais besoin de prendre le recul nécessaire et le temps de la réflexion, mais c’est grâce à toi que j’ai écrit mon article d’aujourd’hui. Des bises

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  4. C’est bien que vous ayez réussi à « parler vrai » et à évoquer d’autres solutions tous les deux. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise solution, chaque couple trace son propre chemin vers son enfant. Je suis bien d’accord avec toi : ce ne sera pas une marque de faiblesse si vous arrêtez. C’est tellement difficile, ce parcours, que si on finit par s’oublier et oublier son couple, ça ne rime plus à rien.
    Courage pour la FIV et gros bisous 🙂

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  5. Ce sont des réflexions et des discussions en couple normales en PMA. Je préparais mon mari à l’adoption aussi. Il avait + de mal que moi, mais je voyais les FIV s’égrener et rien venir, alors je préférais m’y préparer, nous y préparer. J’ai cru que ma FIV 3 serait la der des der, que je n’arriverai pas à en faire 4 si besoin. La chance a voulu que la roue tourne, et que je n’ai pas besoin d’en faire plus. Mais je me souviens m’être dit « au final, à 1 près ».
    C’est toujours bien de ne pas tout miser sur ces tentatives, même si on en espère bcp. J’espère que l’IMSI sera votre solution, ça a été la nôtre. Bisous

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  6. Je crois au contraire qu’il faut beaucoup de courage pour arriver à dire stop. Pour l’instant je ne pourrais pas même si ma demande de 100% remontent à 2 ans et demi même si je compte 9 stimulations à mon actif et un drilling catastrophique mais parfois j’aimerai avoir ce courage.
    Bref je trouve très touchant et très beau ton témoignage, c’est bien que toi et ton chéri ayez pu avoir cette conversation.
    En attendant je croise pour que cette FIV IMSI vous soit favorable.
    Bisous.

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  7. C’est un bel article qui amène réflexion. J’espère que vous n’aurez pas à dire stop. Aujourd’hui, je n’ose y penser et je me demande si ce n’est pas de l’acharnement. Au final, si je continue c’est que j’ai envie de croire que ça va marcher. Par contre, rien ne me dit que ça va être le cas. Alors bravo d’avoir pu l’aborder avec ton amoureux. Effectivement, si cette décision sera prise, ce sera pour vous.

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    1. On y croit tous tellement sinon c’est certain que la question ne se poserait même pas, mais quand la balance penche du mauvais côté, que le couple peut s’abîmer après tous ces échecs, il faut prendre le temps de la réflexion. Et si pour vous c’est de continuer, c’est que vous avez encore des ressources, et je vous le souhaite ce positif!

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